Pourquoi une médiation conjugale ?

Être en couple et s’aimer, est-ce pour la vie ? Le Couple est victime de son propre succès car tous nos espoirs de réussite personnelle reposent sur lui, sur ce « maillon faible ». Car oui, être en couple n’est-ce pas : régler à deux les problèmes que nous n’aurions jamais eu tout seul ? D’autant plus dans une société traversée de profondes mutations. Comment dépasser nos conflits de couple et le faire perdurer dans une société qui évolue vers une fragilisation de l’institution du mariage ?

Thérapie ou médiation conjugale ?

Alors, parfois, quand le couple traverse un moment difficile, il se questionne à entamer un travail chez un professionnel. Faut-il une thérapie de couple ou une médiation de couple ? Quelles sont les différences ?

A la différence de la thérapie de couple, davantage axée sur les causes et les origines du dysfonctionnement, la médiation de couple (ou médiation conjugale) est très axée sur des questions immédiates : comment faire autrement face à cette situation conflictuelle ? C’est un travail à court terme dont l’on sort avec des réponses et solutions concrètes. Les couples qui souhaitent rencontrer un médiateur familial, ont ces genres de remarques :

  •  » Il ne me dit plus rien, nous nous éloignons de plus en plus « 
  •  » Nous nous faisons toujours les mêmes reproches « 
  •  » Depuis la naissance du petit, je ne la reconnais plus « 
  •  » Je ne sais comment lui faire part de mes difficultés professionnelles « 
  • « Elle est enceinte, elle veut garder le bébé mais moi non »
  • « Il m’a trompé, nous souhaitons dépasser ensemble cette crise »

La différence avec la thérapie étant subtile, peu de personnes pensent à la médiation conjugale ou savent orienter en ce sens. Je vais donc tenter d’en expliquer les intérêts.

 

La médiation conjugale, outils de dialogue

La difficulté de communication fragilise le couple parfois jusqu’à la rupture. Serge HEFEZ dit que : « De l’absence de négociation à la dispute il n’y a qu’un pas, souvent franchi allègrement et crescendo ». Les partenaires entrent dans une escalade de surenchères en s’accusant mutuellement de reproches.

Nombreux sont les couples séparés ou divorcés qui disent aux médiateurs qu’ils auraient aimés connaitre la médiation familiale avant d’en arriver à la rupture. En effet, la médiation familiale permet de prendre une décision sur une situation précise et d’améliorer la communication entre les personnes. Ces deux objectifs sont tout aussi applicables après une séparation qu’avant, et notamment quand le couple va mal.

Alors, l’un des aspects abordés dans ce type de médiation est d’accompagner le couple à se parler du sujet conflictuel en prenant les émotions vécues par chacun. Marianne SOUQUET (médiatrice Familiale) dit aux couples qu’elle reçoit : « Je suis là pour vous accompagner tous les deux dans une discussion constructive à propos de tous les sujets qui sont importants pour vous et pour vous aider à prendre les meilleures décisions possibles pour vous deux et toute la famille. ».

En médiation, les professionnels gèrent le conflit et transmettent leur savoir-faire dans « l’apprentissage à une communication constructive pour le couple ». Il existe en effet des techniques de communication qui ont fait leurs preuves ! J GOTTMAN pense qu’un couple qui ne se dispute jamais n’est pas un couple en bonne santé. Il est important de pouvoir se disputer mais tout est dans la façon de le faire. La médiation permet de nommer ces manières et de construire des règles de disputes.

Le médiateur commencera par expliquer le cadre de son intervention. Puis travaille l’estime de chacune des personnes tout en favorisant la reconnaissance mutuelle. Il s’appuie sur les sujets concrets qui font conflit dans le couple (répartition des tâches, preuves d’amour, choix de carrière, arrivée d’un enfant, etc…).

De nombreuses souffrances personnelles (liées à des traumatismes ou à l’enfance) s’expriment dans le couple et sont révélées par du conflit. En médiation, il n’est pas question de soigner l’origine de ces souffrances mais cet espace permet leur mise en exergue. Alors, le médiateur traite l’objet du conflit actuel et propose à la personne de réaliser un travail plus personnel avec un thérapeute.

Je me souviens d’une médiation (les prénoms ont été modifiés). Un couple d’une famille recomposée entame une médiation suite à des disputes fréquentes sur la place de chacun dans la famille. Durant cette médiation, nous avons mis en lumière que Claire avait une peur viscérale d’être abandonnée par son conjoint (qui était follement amoureux d’elle). La médiation a permis qu’elle puisse lui révéler l’origine de sa peur. Pierre, son mari, a pu lui dire à quel point il l’aimait et souhaitait dépasser les conflits qu’ils traversaient. A la fin de la médiation, Claire a souhaité entamer une thérapie.

 

La médiation conjugale, une aide à la décision

Plus communément, la médiation familiale permet une aide à la décision. « Doit-on où non se séparer ? » est la question la plus fréquente abordée en médiation. Mais il est aussi possible d’investir cet espace-temps pour d’autres prises de décision.

  • Doit-on ou non interrompre cette grossesse surprise ?
  • Accepte t’on cette promotion à 600km de notre lieu de vie ?
  • Quel choix pour l’école des enfants ?
  • Nous sommes un couple avec enfants de nos premières unions, nous souhaitons emménager ensembles et nous voudrions parler des sujets sensibles pour que, cette fois, ça se passe bien.

Le médiateur familial travaille alors avec les personnes sensiblement de la même manière que dans les autres types de médiation. Chaque professionnel à son modèle de travail. Une façon de procéder peut être la suivante. Il aide les personnes à expliquer leurs points de vus respectifs. Puis il les accompagne à exprimer leurs émotions face au conflit et ce dont ils auraient chacun besoins pour envisager une autre position (un autre regard) sur la situation. Pour continuer le processus de médiation, il liste (sous forme de brainstorming) les idées des personnes pour débloquer la situation et ensembles, ils pèsent les pours et les contres des intentions évoquées. Pour reprendre les propos de Marianne SOUQUET, l’objectif est de « mettre les choses à plat pour prendre une décision éclairée ».

J’aime prendre la métaphore de la pelote de laine. Imaginez plusieurs fils de couleurs différentes tous emmêlés. Madame pense comme le fil bleu, monsieur est plutôt rouge et orange. Chacun tire leurs fils respectifs et la pelote s’emmêle de plus en plus. Le médiateur familial, par sa hauteur sur la situation, déplace quelques fils doucement et comprends avec les personnes où se trouvent les nœuds. Avec elles, il met alors à plat chaque fil pour que tout le monde y voit plus clair. La suite de la médiation permet alors de trouver quelle serait la couleur qui conviendrait le mieux à chacun. Parfois, dans ce nœud géant, les personnes remarquent qu’elles avaient oublié le petit fil multicolore au fond du sac et choisissent celui-là pour répondre à leur question !

Marianne SOUQUET écrit que : « le travail de médiation a contribué́ à construire un lien solide et surtout à prévenir les conflits, ou tout au moins apprendre à les réguler. Un travail d’apprentissage s’est donc fait dans l’espace de médiation familiale où nous pouvons être non plus seulement des « divorceurs », mais aussi éventuellement des « marieurs » ! »

 

La médiation conjugale, quels bénéfices pour le couple ?

Lorsque que les personnes sortent de mon cabinet après avoir faits une médiation, j’ai pour habitude de leur demander comment ils se sentent et ce que cette médiation leur a apporté.

Les personnes ressentent généralement de l’apaisement, une recharge en énergie et de la gaité. D’ailleurs, au-delà même du fait que la médiation ait permis de trouver des accords complets ou partiels. Je remarque au fil de ma pratique que cet espace-temps a un pouvoir non négligeable sur l’estime de soi et la confiance.

Les personnes me disent avoir pris du recul sur leur situation et mieux comprendre l’autre personne.

Quelques-unes me remercient de s’être senties écoutées : « je ne pensais pas que vous pourriez me comprendre à ce point, merci » et l’autre personne rebondit en général par cette même phrase.

J’aime commencer mes médiations en expliquant que mon objectif est qu’ils n’aient plus besoin de moi par la suite. Du fait, en fin de médiation, je leur propose d’envisager l’avenir et de me dire comment ils pensent faire la prochaine fois qu’ils seront devant une décision difficile à prendre. En médiation, nous faisons un « bilan ».

 

Conclusion

L’idée majeur de ce type de médiation est que les personnes apprennent à s’écouter et à se parler sincèrement sans monter dans les tours. Elles ressortent du bureau avec une valise d’outils qu’elles se sont appropriés et qu’elles pourront mettre en pratique toute leur vie.

Cette idée vous plait ? Sachez que plus une médiation est commencée tôt pour dépasser le conflit et plus elle est efficace ! Car les reproches, les insultes et les « coups bas » n’ont pour effets que de nourrir le conflit, affaiblir l’estime de soi et la confiance !

 


Sources :

  • GOTTMAN J, SILVER N, The Seven Principles for Making Marriage Work, op.cit.
  • Serge HEFEZ – La danse du couple
  • Article paru dans la Revue APMF/M.Souquet/juin 2010