L’arrivée de ce métier (il y a trente ans en France) nous amène, médiateurs familiaux, à nous interroger sur le rôle et la place de la médiation aujourd’hui dans notre société. Quels champs investit-elle ? Quels sont les besoins des familles ? A travers cet article, je vais tenter de donner un rapide aperçu de son utilité.

 

La médiation successorale

Le deuil d’un parent, une succession, c’est parfois le moment où la place de chacun est en jeu, les relations se réajustent. Les conflits latents éclatent au grand jour… La médiation familiale peu permettre que les désaccords ne perdurent pas dans le temps au point de se transmettre de génération en génération. En effet, l’argent met ou remet en jeu des questions essentielles intergénérationnelles. Qui a compté pour qui ? Qui doit encore payer ? Payé quoi et comment ? La succession est aussi le moment de régler les dettes symboliques. Sous fond de deuil plus ou moins douloureux, ce sont ces questions-là qui refont surface et enveniment les relations familiales. Et après tout, quel est l’intérêt à faire « un effort » pour aller vers l’autre quand la personne qui faisait le lien vient de mourir ?

La médiation familiale successorale est un espace-temps où il est possible d’aborder ces questions douloureuses et trouver des portes de sorties successorales qui conviennent à chacun.

 

Médiation Parent-adolescent

L’adolescence est une période de transition. Une étape importante de la vie. De nombreux changements sont en cours, tant pour l’adolescent que pour les parents de celui-ci.

La question de l’identité propre à l’adolescent, adulte en devenir, est au cœur du sujet. Qui est-il par rapport à ses parents ? Ses repères identificatoires évoluent mais pour autant la référence parentale est encore primordiale pour pouvoir un jour se détacher d’eux. L’adolescent a alors des comportements d’opposition. Il se cherche. S’ajoute les changement corporels déstabilisants et une émotivité importante liée aux hormones en ébullition.

Pour les parents, cette période renvoie à leur propre adolescence et peut faire surgir des peurs (engendrées par une projection de son vécu sur celui de son enfant). C’est aussi le moment où il faut concilier la demande d’autonomisation de l’adolescent et ses recherches de limites, de transgression des interdits. Régulièrement, c’est une phase conflictuelle.

D’ailleurs, je vous invite à lire Isabelle Filliozat qui a titré son livre « On ne se comprends plus ! ». Elle y parle de la difficulté des parents et des adolescents à communiquer et se comprendre.

Pour travailler cet aspect, la médiation familiale est un bon outil. Elle permet de mieux appréhender les difficultés de cette période. D’autant plus quand une situation de séparation s’ajoute. Le médiateur familial, tout en préservant la place de chacun, invitera les personnes à exprimer leurs vécus et ressentis afin de trouver des solutions concrètes.

 

Médiation familiale conjugale

La vie de couple n’est pas un long fleuve tranquille. Parfois, il faut traverser des phases compliquées, prendre des décisions importantes, ou tout simplement se rendre compte que l’on n’arrive plus à communiquer. Pour autant, le couple s’aime et n’a pas envie de se séparer. Parmi les options, il existe celle de rencontrer un médiateur familial. L’accompagnement est ponctuel et rapide (2-3 entretiens environ). Il est axé sur l’amélioration de la communication et la recherche de moyens concrets pour dépasser le moment difficile. Les difficultés peuvent concernées un changement professionnel, un partage des tâches mal vécu, une recomposition familiale, un déménagement, une infidélité, une grossesse, des questions d’éducation, un questionnement autour d’une éventuelle séparation, etc. A la différence de la thérapie de couple qui traite davantage de l’origine du dysfonctionnement (remontant parfois à l’enfance), la médiation aborde uniquement les questions actuelles et factuelles.

 

Famille recomposée

Recomposer une nouvelle famille n’est pas chose aisée. Il faut -justement- composer avec l’histoire, les valeurs, les projets de chacun. Non seulement entre adultes mais également avec les enfants. Quelles règles s’appliquent ? Quelle place donner au nouveau partenaire dans l’éducation des enfants ? Comment aborder les beaux-enfants ? Et les enfants entre eux, comment harmoniser les rythmes de vie, les valeurs, les règles ? Et, osons parler des ex. Sont-ils absents, présents ? Quels sont les places et les rôles de chacun ? Comment y trouver son compte en respectant les autres ? Tant de questions qui traversent les esprits de chaque membre d’une famille recomposée… Dans la réalité, la cohabitation est parfois houleuse. En prévention d’un emménagement ou une fois confronté aux premières difficultés, la médiation familiale permet d’aborder ces questions essentielles et trouver des solutions concrètes à : « où, quoi, qui, quand, comment ? ».

 

Intergénérationnelle/personnes dépendantes

Parfois, la vie amène des situations de vulnérabilité pour une personne, du fait d’un handicap, du vieillissement ou encore d’une maladie invalidante. La situation implique que les proches doivent prendre des décisions à la place de la personne dépendante, engendrant alors des bouleversements familiaux. Dans d’autres situations, il peut s’agir d’une rupture de lien entre les générations (grands-parents-parents-enfants).

Le médiateur familial, tiers neutre et impartial peut accompagner les familles à prendre des décisions collégiales répondant aux besoins de chacun. Il peut également permettre de mettre des mots sur des maux (notamment quand il y a du conflit entre les générations). Cet espace, en dehors de tout procédure judiciaire est un lieu où il est pris soin des personnes et où la communication y est favorisée.

 

Les situations de placement

Les situations de placement d’enfants sont des facteurs important de fragilisation des familles. Les enfants sont vulnérables face au risque de rupture de lien. Les liens qui unissent les membres d’une famille permettent d’assurer une place intergénérationnelle aux enfants. Elle leur est rassurante car elle permet le sentiment d’appartenance et de sécurité intérieure. Dans les situations de placement, ce lien peut être mis à mal et engendrer des traumatismes majeurs qui auront des répercussions toute la vie durant. Pour y palier tant que faire se peut, les services sociaux et éducatifs font un travail remarquable. En complément, la médiation familiale permet, en dehors de toute contrainte et pression extérieure, de préserver la communication et le lien. Les personnes peuvent s’y retrouver et aborder les sujets sensibles en toute confidentialité. En effet, le médiateur est tenu au secret professionnel vis à vis des différentes structures (Assistante sociale, Foyer d’hébergement, Tribunal, Aide sociale à l’enfance, etc.) et ne révèlera pas ce qui se dit en médiation. Ainsi les personnes pourront investir cet espace librement.

 

Médiation familiale et Soutien à la parentalité

La parentalité est un concept contemporain qui désigne les relations de deux personnes impliquées ensemble par un lien avec un ou plusieurs enfants dont elles assument l’éducation, les besoins affectifs et relationnels et dont elles sont responsables.

Jocelyne DAHAN (pionnière de la médiation familiale) interroge cette notion de soutien à la parentalité. Cette référence qui semblait si évidente est traversée aujourd’hui par des modifications sociologiques profondes. Qu’est-ce que la parentalité aujourd’hui ? Les professionnels de la parentalité et notamment les médiateurs familiaux s’interrogent dont sur ce versant de leur travail. Quel mode d’accompagnement avoir ? La médiation familiale sera-t-elle devenu l’un des modes possibles d’intervention pour accompagner une nouvelle coparentalité ? Les bases de celle-ci étant particulièrement proche de la déontologie de la médiation : responsabilité citoyenne, l’autonomie et le respect de la place des enfants.

Bien que cette thématique de notre métier soit propice aux questionnements professionnels, il est pour autant nécessaire d’assoir ce rôle que les médiateurs familiaux ont dans l’accompagnement des personnes à une parentalité différente.

Les médiations sont l’occasion d’évoquer la responsabilité des parents alors qu’ils traversent une phase douloureuse. Comment la prendre, la maintenir, l’envisager tout en prenant soin de soi ? Quel équilibre trouver entre une (re)construction personnelle et le maintien de son rôle parental ? Cet espace est l’occasion d’oser ces questionnements.

 

La médiation familiale internationale

Elle a bien souvent lieu lorsque qu’un couple de deux nationalités différentes se sépare. En effet, lorsque que nous vivons une rupture, nous éprouvons le besoin de sécurité en nous tournant vers nos origines, notre famille. A ce moment-là, les deux parents souhaitent résider dans deux pays différents. L’enfant devient alors un enjeu majeur du conflit parental, au risque d’un enlèvement et d’une rupture de lien avec l’un des deux parents.

 

L’objectif de ces médiations est le même que dans toute médiation de séparation mais avec la difficulté de l’éloignement. Celui-ci engendre autant une complication organisationnelle qu’il renforce les inquiétudes et les fantasmes négatifs sur l’autre parent. Est-il/elle encore capable de s’occuper de notre enfant ? Ne va-t-il/elle pas lui inculquer uniquement la culture de son pays, sa religion et délaisser la mienne, contre mon gré ? Quelle est l’influence de sa famille, va-t-il/elle lui inculquer les valeurs éducatives que nous avions quand nous étions ensemble ?

Pour répondre aux contraintes engendrées par l’international, la médiation internationale s’organise pour se dérouler sur des temps très courts, à l’occasion d’un déplacement d’un des deux parents vers l’autre (passage de bras de l’enfant, exécution d’une décision de retour de l’enfant) ou par des moyens de visio-conférence. Parce que le temps distant les liens entre les personnes, la médiation internationale permet aux parents de nommer les conséquences de cet éloignement pour l’enfant et ainsi d’y construire une réponse cohérente pour l’enfant.

 

En conclusion

En pleine évolution, la médiation familiale tend à se développer dans les différents aspects sociétaux. Sans le développer davantage ici, la médiation (même généraliste) se développe dans toutes les strates de notre société. C’est sans surprise que nous verrons certainement apparaitre d’autres champs d’applications dans les décennies à venir…